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Volontaires Russes pour Franco

Janvier 1930. Le roi Alphonse XIII, cédant aux pressions d’une partie de l’opinion publique, destitue le général Primo de Rivera qui devait mourir deux mois plus tard à Paris où il venait de subir une intervention chirurgicale. Le 14 avril 1931, naissait la république espagnole. En août 1932, une révolte d’officiers supérieurs donna un avant-goût de ce qui allait se passer dans le pays quatre ans plus tard. En 1933, de nouvelles élections ramènent aux Cortès (le parlement espagnol) une majorité conservatrice qui devait se maintenir jusqu’en février 1936, date à laquelle la coalition des gauches, groupées en Front populaire, parvint, de justesse, à revenir au pouvoir.

Quelques mois plus tard, la république espagnole devait montrer son véritable visage : occupation des terres, meurtres, attentats, incendies d’églises devinrent des événements quotidiens. On n’en est pas encore là aujourd’hui mais, si le régime en place continue à faire preuve de faiblesse, de tels faits ne tarderont pas à se renouveler. C’est ainsi qu’au lendemain d’une mémorable séance des Cortès, le leader nationaliste Calvo Sotelo devait être enlevé de chez lui et abattu par des tueurs communistes après que la “Pasionaria” – qui, soit dit en passant, devait à nouveau siéger aux Cortès – eût crié qu’il fallait exterminer les hommes de sa sorte.

Le 17 juillet 1936, une importante garnison du Maroc espagnol devait se révolter tandis qu’arrivait des Canaries le jeune général Francisco Franco, venu prendre le commandement des insurgés. Deux mois plus tard, la Junte de Défense nationale nomma le général Franco «caudillo» de l’Etat espagnol. La guerre civile venait de débuter. Immédiatement, des milliers de volontaires, venus des quatre coins du pays, allaient rejoindre les troupes nationalistes.

Les brigades internationales

Apparemment, aujourd’hui encore, conditionnés par une propagande tenace, les gens ne retiennent que deux faits de la guerre civile espagnole. D’une part, les volontaires des brigades internationales marxistes, présentés comme de jeunes idéalistes volant au secours de la démocratie espagnole et, d’autre part, l’aide allemande et italienne aux troupes nationalistes. C’est oublier – volontairement – la participation soviétique du côté républicain et celle des volontaires étrangers dans les rangs du général Franco.

Dès le début du soulèvement patriotique en Espagne, certains milieux belges, plus lucides que d’autres, comprirent qu’une victoire des marxistes dans la péninsule menacerait l’Europe entière.

Basile Orekhoff, un témoin mais également celui à qui l’on doit la création d’un détachement de Russes blancs qui continua en Espagne le combat entamé en Russie contre la peste rouge.

Un comité de soutien à la lutte des nationalistes espagnols fut formé à Bruxelles avec la participation active du colonel de Roover et du commandant Eugène de Lannoy. Parmi les autres personnalités, se trouvait le capitaine Basile Orekhoff, ancien officier de l’armée impériale russe et de celle du général Wrangel. Au moment d’écrire ces lignes en novembre 1979, il était directeur de la revue en langue russe (la seule en Belgique), «La Sentinelle». Entre parenthèses, si la revue «La Sentinelle» était éditée, depuis 1936, dans notre pays, c’est à la suite des menaces dont fut l’objet son directeur de la part des autorités françaises qui ne tolérèrent pas ses prises de position en faveur du mouvement du général Franco. Le regretté Basile Orekhoff fut également le président de l’Union Nationale des Russes blancs de Belgique”.

Ce comité de soutien à la lutte des nationalistes espagnols organisa notamment une collecte dans la population belge qui permit l’envoi en Espagne de deux ambulances de campagne. Le capitaine Orekhoff fut parmi les premiers journalistes étrangers à rejoindre les troupes franquistes et, après avoir été présenté au général Franco, il fut envoyé par ce dernier auprès de l’armée du général Varela en qualité de correspondant de guerre.

Guernica : la légende et la réalité

Messe orthodoxe en campagne pour le détachement russe Blanc en 1937

En sa qualité de journaliste, le capitaine Orekhoff fut le témoin direct des nombreux événements dramatiques qui marquèrent la guerre civile espagnole. Son témoignage sur la destruction de la ville de Guernica est capital pour ceux qui veulent connaître la réalité des faits. La légende de la destruction de Guernica par l’aviation «nazie» est bien connue; aussi est-il nécessaire, une fois pour toutes, de remettre les choses à leur place. Si la réalité du bombardement par l’aviation franquiste de dépôts militaires est indéniable, il est, par contre, tout-à-fait faux de mettre sur le compte de l’aviation nationaliste la destruction de la ville. Le martyre infligé à Guernica fut le fait des seules troupes républicaines qui, cédant à la panique, brûlèrent et saccagèrent la ville, massacrant une population dont le seul tort avait été de manifester trop bruyamment sa haine des rouges. C’est cela, la vérité historique, une vérité qui, faut-il le dire, serait bonne à rappeler à certains Espagnols qui tolèrent que leurs bourreaux d’hier ont, par la suite, siègés à nouveau en toute impunité au parlement de leur pays.

L’intervention soviétique

“Terror Rojo” : les atrocités commises par les républicains firent des milliers de morts.

La En plus de l’aide fournie par la France de Léon Blum aux troupes marxistes, le maître du Kremlin, Joseph Staline, envoya toute espèce de matériel de guerre, des conseillers techniques, des pilotes, des chauffeurs et… des commissaires politiques. Le capitaine Orekhoff fut témoin de la bataille de Brunete au cours de laquelle furent abattus 16 avions soviétiques. Il interrogea les pilotes russes faits prisonniers, ce qui permit de fournir à l’état major du général Franco des renseignements extrêmement importants sur la situation militaire qui régnait alors dans la capitale espagnole. Ces interrogatoires permirent d’apprendre que l’état-major du général Miaja était composé de plusieurs officiers soviétiques et que le chef d’état-major, le colonel Roja, se contentait d’exécuter aveuglément leurs directives. Ces interrogatoires confirmèrent également le fait que le commandement des brigades internationales se trouvait sous le contrôle entier des «conseillers» staliniens. On est donc loin de la seule intervention «fasciste», venue au secours de Franco.

Les brigades internationales de Franco

En plus des volontaires italiens et allemands qui servirent dans les troupes nationalistes, il faut également ajouter les jeunes Français, Belges, Anglais, Américains et Russes qui rejoignirent la croisade de Reconquista.

Devant l’importance prise par les brigades internationales du côté républicain, le capitaine Orekhoff propose à l’état-major franquiste la création d’un détachement de Russes blancs. Un bureau de recrutement fut clandestinement installé à Paris et de nombreux officiers de la colonie russe s’engagèrent pour poursuivre le combat entamé quelques années plus tôt en Russie contre le marxisme. Le départ de ces volontaires se fit dans la plus grande discrétion alors que les brigades internationales prenaient tout simplement le train, généreusement dotées par le gouvernement français. Les autres, par contre, devaient rejoindre les troupes nationalistes par toute une série de filières qui n’étaient d’ailleurs pas sans danger. Le détachement des Russes blancs, une fois formé, fut incorporé dans la «Tercio Donia Maria de Molina», une vaillante unité qui fut mentionnée plusieurs fois à l’ordre de l’armée. Les volontaires russes furent de toutes les grandes batailles de la guerre civile et leurs faits d’armes ou d’héroïsme furent nombreux. Témoin, la mort tragique du général Fock et du capitaine Poloukhine qui, encerclés dans une église par un détachement rouge, se battirent durant des heures avant de se suicider afin de ne pas connaître le déshonneur d’une capitulation. L’aviateur russe Martchenko inscrivit plusieurs victoires à son actif tandis que le prince Magaloff devait se distinguer dans la bataille de Madrid et que le général Chinkarenko devait être gravement blessé près de Bilbao.

La guerre des ondes

Sur un autre plan, le capitaine Orekhoff devait organiser des émissions en langue russe à l’intention des militaires soviétiques servant dans les rangs républicains.
Ces émissions-radio, les premières dans le genre, furent diffusées chaque jour, au départ de Salamanque, et contribuèrent fortement à démoraliser les «volontaires» soviétiques en les informant de la situation militaire réelle. Dans un livre publié à Moscou après la guerre, le général soviétique Voronov n’a d’ailleurs pas manqué de souligner le caractère «néfaste» des émissions radio des Russes Blancs «à la solde des fascistes espagnols». Ces émissions fonctionnèrent encore 18 ans après la fin de la guerre civile et elles furent interrompues faute de moyens financiers. Après la victoire de Franco, tous les officiers russes furent incorporés – sur leur demande – dans l’armée espagnole. L’expérience acquise par ces officiers dans l’armée Wrangel permit à Franco de ne pas commettre les mêmes erreurs que les troupes blanches en Russie.

J.S

(Cet article a été réalisé en 1979 et publié dans le Nouvel Europe Magazine sur base d’éléments fournis par le Capitaine Basile Orekhoff. Il était un homme d’honneur dont j’ai apprécié la gentillesse, la simplicité, l’intégrité, la noblesse d’esprit et la loyauté. Basile Orekhoff restera à tout jamais gravé dans la mémoire de ceux, malheureusement de moins en moins nombreux, qui l’ont approché.